VOTEZ ! Mais uniquement pour les vainqueurs…

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Cette année encore, les Français qui croient toujours aux valeurs de la démocratie sont invités à exprimer leurs voix à l’occasion d’élections, d’abord municipales les 23 et 30 mars (si besoin), puis européennes le 25 mai. Enfin, quand je dis TOUS les Français, ce n’est pas totalement vrai. Certes, tout détenteur d’une carte d’électeur pourra venir glisser sa petite enveloppe dans l’urne sacrée, mais toutes les opinions ne seront pas forcément prises en compte. En effet, en dehors des suffrages clairement exprimés pour l’un ou l’autre des candidats en présence, tout vote opposé aux deux ou trois courants politiques mis en concurrence sera purement et simplement ignoré.

« Si vous n’êtes pas d’accord avec le menu, sortez de table ! »

Je parle évidemment du vote blanc. Et dans une moindre mesure du vote nul car, dans ce cas précis, il arrive que l’électeur n’ait pas nécessairement souhaité que son vote soit nul et qu’il ait cru, par exemple, qu’une mention manuscrite ajoutée n’aurait aucune incidence. Mais parlons simplement du vote blanc, cette manifestation citoyenne et volontaire d’un désaccord avec les candidats en présence. Eh bien, en France, pays des libertés et haut lieu de la démocratie participative, on s’en cogne superbement ! Si vous n’êtes pas d’accord avec le menu, sortez de table !

Alors c’est vrai, une loi vient d’être votée reconnaissant officiellement la légitimité du vote blanc aux élections (Journal officiel du samedi 22 février 2014). Mais il s’agit une fois de plus d’un enfumage de luxe visant à caresser l’électeur de base dans le sens du poil. Car, non seulement les votes blancs ne seront pris en considération qu’à partir du 1er avril 2014 — Oh mince ! Trop tard pour les Municipales, pas de bol… — mais, en plus, leur prise en compte restera uniquement symbolique car, bien qu’explicitement mentionnés dans les résultats des scrutins, les bulletins blancs ne seront pas comptabilisés dans les suffrages exprimés.

En gros, ça ne changera rien et on aura toujours des candidats qui se féliciteront d’avoir été élus « à la majorité des suffrages exprimés » quand bien même ce serait toujours et encore totalement faux.

Élus à la majorité des gens qui ont voté pour eux

Ainsi, pour prendre l’exemple le plus récent et le plus emblématique de notre sacro-sainte Ve République, François Hollande a été élu MoiPrésident par 18 000 668 votants sur 46 066 307 inscrits sur les listes électorales, soit 39 % de personnes favorables. Et même si on oubliait les 9,5 millions d’abstentionnistes au second tour (qui, de mon point de vue, ont pour beaucoup d’entre eux manifesté ainsi leur désaccord avec les deux candidats en lice sans qu’on tienne compte pour autant de leur opinion) et qu’on ne parle que des votes exprimés, blancs et nuls compris, soit 37 016 309 bulletins comptabilisés, M. Hollande n’atteint toujours pas la majorité absolue (48.6 %).

Ainsi, en ne comptabilisant que les voix favorables à Nicolas Sarkozy et François Hollande, on a purement et simplement écarté l’opinion parfaitement légitime de 2 154 956 Français (nombre le plus élevé jamais observé au second tour d’une élection présidentielle en France) qui s’étaient pourtant déplacés pour dire de manière légale et démocratique qu’ils n’étaient pas d’accord avec les deux options qu’on leur laissait. Crainte d’un blocage des institutions, instabilité politique liée à l’instauration d’un 3e tour, voire l’obligation de nouvelles élections avec peut-être même des candidats nouveaux, les arguments en faveur du système actuel sont nombreux. Mais il n’empêche que si on arrêtait de mépriser les électeurs, de plus en plus nombreux, qui ne veulent plus seulement choisir entre Bonnet-Blanc et Blanc-Bonnet, on aurait probablement moins d’experts à s’interroger sur « l’étrange désamour des Français pour leurs représentants politiques« .

Quoi qu’il en soit, continuez à voter, c’est un droit qui n’est pas donné à tout le monde. Même si, là encore, c’est un privilège qui conduit certains Français à être moins égaux que les autres.

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