Un Charlie, des Charlots…

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Jusqu’à mercredi dernier, Charlie Hebdo n’était qu’un vulgaire canard de bas étage tenu par des anarchistes islamophobes. Ou du moins c’était l’opinion générale des gens bien comme il faut qui lisent le Monde, le Figaro, Libération, l’Express, le Point, etc. Aujourd’hui, il parait qu’on est tous devenus Charlie…

En France, la liberté de la presse n’est pas un vain mot. En revanche, le respect de toutes les tendances idéologiques a toujours eu du mal à s’installer. À chaque époque son opinion dominante, sa ligne politiquement correcte, son penchant bien-pensant, et tout ce qui s’en écarte est à vouer aux gémonies. Charlie Hebdo faisait partie de cette presse honnie qui donne tant de fil à retordre aux coincés de la vérité pas très propre, et ses journalistes en étaient fiers justement. Leur fonds de commerce c’était la dérision pour mieux dénoncer, et leur arme favorite c’était le poil à gratter. Aujourd’hui, Charlie est devenu LE symbole de la presse libre, encensé par tous les médias mais aussi par tous les Français. Étrange…

En 2012, Guy Bedos souhaitait la pire mort aux dessinateurs de Charlie Hebdo pour avoir osé caricaturer le prophète des musulmans. Aujourd’hui, bien qu’il ait été exaucé, il est lui aussi devenu Charlie…

Aujourd’hui, la France jure ses grands dieux qu’elle fera tout pour lutter contre le terrorisme et le djihadisme, parce que, vraiment, c’est vilain toutes ces choses que font ces gens avec des kalachnikov. En effet, c’est vilain, mais apparemment beaucoup moins quand ça se passe en Syrie par exemple. Parce que là bas, c’est la France qui les arme, les djihadistes. Pour abattre le régime de Bachar El-Assad, nous dit-on. Et ce n’est pas bien grave si une partie de ces armes se retrouvent entre les mains de gens qui vont non seulement tuer des militaires syriens, mais aussi des civils, et surtout servir aux entrainements dans les camps de formation d’Al Qaida ou de l’Etat Islamique (c’est selon…). Pas grave non plus si les petits jeunes qui vont apprendre les mille et une manière de tuer un infidèle (sous-entendez un non-musulman), que ce soit dans le désert irakien ou chez nos amis Turcs, le feront avec des armes françaises. Des gamins recrutés dans nos prisons et nos cités pour servir de bras armé à un Islam radical qui les renverra sur notre territoire faire un carton sur des dessinateurs, des flics ou des clients de supérette cacher. Schyzophrénie politique ?

Enfin, que dire de l’indignation populaire qui a jeté des millions de personnes dans la rue au nom de « Je suis Charlie » durant le week-end des 9 et 10 janvier. Peut-être la seule expression véritablement sincère au milieu de toutes cette entreprise de récupération. Récupération médiatique, tout d’abord, avec des chaînes de télé et de radio qui ont joué la surenchère pour gagner des parts d’audience, quitte à mettre des vies en danger. Récupération politique ensuite, avec tous ces chefs d’état qui ont décidé de jouer des coudes pour se retrouver en première ligne sur la photo historique qui fera désormais de Paris la capitale mondiale contre le terrorisme aveugle. Récupération idéologique enfin, où l’on voit tous les leaders d’opinion se revendiquer de la pensée libertaire qui guidait le crayon de Cabu ou de Wolinski, pour ne citer que ces deux-là. Et pendant ce temps, ceux qui ont survécu au massacre, les rescapés de Charlie Hebdo, se demandent qui sont tous ces gens qui se disent leurs amis aujourd’hui, parce qu’ils ressemblent quand même pas mal à tous ceux qui leur ont vomi dessus durant tant et tant d’années.

Non, je ne suis pas Charlie. Mais face à la barbarie et en dépit du fait que je pouvais parfois ne pas être d’accord avec ce qu’ils disaient (et non pas avec la manière dont ils le disaient), je pourrais très bien être Jean Cabut (dessinateur), Stéphane Charbonnier (dessinateur), Philippe Honoré (dessinateur), Bernard Verlhac (dessinateur), Georges Wolinski (dessinateur). Tout comme j’aurais pu être Frédéric Boisseau (agent d’entretien), Franck Brinsolaro (policier), Ahmed Merabet (policier), Elsa Cayat (psychanalyste), Bernard Maris (économiste), Mustapha Ourrad (correcteur), Michel Renaud (voyageur et rêveur), ou encore Yohan Cohen, Yohav Hattab, François-Michel Saada, Philippe Braham qui ont eu la malchance de sortir faire leurs courses au mauvais endroit au mauvais moment.

Nous sommes ces gens, nous sommes un peuple, nous sommes la France.

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