Patriotisme à géométrie variable

Les gens sont formidables. Si, si. Prenez cette histoire de drapeau qui agite en ce moment notre fragile petit équilibre socio-politique. Il serait apparemment désormais bien vu de marquer son attachement profond à la France en arborant un drapeau tricolore ! Ah bon ? On nous aurait alors menti jusqu’ici…?
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Je hais le « politiquement correct »

Personnellement, je trouve qu’il n’y a pas pire intolérance que celle qui est véhiculée par le « politiquement correct ». Car à force de vouloir gommer toutes les différences, on finit par les nier.

Ainsi, à force de vouloir uniformiser les individus, on joue au jeu malsain des amalgames, des comparaisons douteuses et des raccourcis faciles. Quant aux précautions oratoires auxquelles nous sommes désormais contraints pour ne pas être accusés d’anti-ceci ou de pro-cela , elles favorisent peu à peu l’émergence d’une pensée unique et d’un eugénisme intellectuel pas très rassurants. Aujourd’hui on ne débat plus des vraies questions de société, on se contente d’accepter la version officielle des choses et on valide tacitement les abus inévitables d’une politique de nivellement qui s’opère le plus souvent par le bas pour ne pas froisser des catégories minoritaires perçues comme désavantagées.

« On ne juge même plus les gens sur leur apparence, ce qui est déjà souvent une erreur,
mais bien suivant un profiling qui distingue d’un côté ceux qu’il est de bon ton de défendre
et de l’autre ceux que la morale en vigueur nous enjoint de combattre ».

Et d’abord, comment décide-t-on que certaines personnes sont désavantagées ? En dehors des cas de faiblesse avérée et incontestable (vieillesse, enfance, pauvreté, maladie…), je veux dire. Bien souvent, on les considère plus fragiles simplement parce qu’on a choisi de les inscrire arbitrairement dans la liste des individus à protéger, que ce soit en raison de nos opinions politiques, religieuses ou morales. En fait, on ne juge plus les individus qu’au travers de clichés, d’archétypes et de lieux communs. Cette attitude est d’autant plus paradoxale qu’on s’efforce par ailleurs de tout neutraliser, d’aseptiser et d’aplanir les éventuelles aspérités entre les individus pour que ces derniers ne forment plus qu’un seul bloc indistinct qu’on appelle sobrement « l’opinion publique ».

Discrimination positive

Alors, pour justifier cette apparente contradiction, on explique qu’on pratique la « discrimination positive », un vocable affreux qui réalise l’exploit d’être à la fois un non-sens sémantique, une aberration humaine et une grave erreur politique. On joue la carte de « l’intégration des diversités ». En un mot, on ne voit plus que ce que l’on souhaite regarder.

Et tout cela pour quoi ? Tout simplement pour éviter que la mise en avant des qualités de certains contribue à faire ressortir les défauts des autres (ou tout au moins leur absence de qualités).

Il s’agit véritablement de manipuler les foules, par une argumentation qui confine à l’art le plus abouti en matière de dialectique. Autrefois, on disait qu’on faisait prendre des vessies pour des lanternes. Aujourd’hui, on a fait oublier aux gens jusqu’à l’existence même des lanternes. Désormais, la vérité gênante est simplement remplacée par une version plus consensuelle, plus propre sur elle et qui sent bon l’humanisme embourgeoisé. Le non-dit est officialisé et le mensonge devient même une vertu lorsqu’il s’agit d’orienter l’opinion publique vers une vision du monde plus acceptable, à défaut d’être plus respectable.

« Le politiquement correct est la meilleure chose que l’on ait inventée
pour permettre aux imbéciles de l’ouvrir et obliger les gens de bon-sens à la fermer.  »
Pascal Pigeolet

 

La fin de l’esprit critique

Au final, plus personne ne veut (ne peut ?) entendre la vérité toute nue. L’esprit critique est devenu pudibond, le libre-penseur est devenu bien-pensant. Et même dans les médias, où la complaisance le dispute à « l’abrutissement des masses » (pour reprendre une expression très appréciée des opposants à la télévision notamment), la vie des people ou encore la mise en scène  d’existences fictives filmées en continu ont depuis longtemps remplacé les questions économiques et sociétales qui devraient pourtant se trouver au premier rang des préoccupations de la majorité des citoyens. « Du pain et des jeux », disaient les Romains. On n’en est pas très loin, surtout si on considère que le but visé était le même, à savoir éviter tout idée de révolte au sein d’un peuple assoupi, rassasié et abruti de loisirs, qui n’a plus besoin de réfléchir et qui, de toute façon, n’en a plus envie.

Le politiquement correct s’inscrit alors parfaitement dans ce schéma, nous donnant du « prêt-à-penser » comme on nous dicterait une conduite. Taxer de « délinquant sexuel » un immonde violeur pédophile, parler d’une « offre premium » pour éviter de dire qu’elle est hors de prix, ou bien évoquer des « acquis sociaux » qui ne sont en réalité que des privilèges inégalitaires, c’est s’assurer une place dans le moule confortable d’une société formatée, insipide et hypocrite ; de celle qui s’efforce de vous dissuader d’avoir toute idée de révolte qui viendrait troubler l’ordre établi.

Alors dormez tranquilles, braves gens : en vous évitant de trop penser par vous-même, vos seigneurs veillent sur vous.