Concours Amazon, lisez les conditions !

Déformation professionnelle ou simple méfiance naturelle, j’ai l’habitude de toujours lire les petites lignes des offres présentées comme exceptionnelles (bon, j’avoue, je le fais avec toutes les offres, d’une manière générale). Un récent concours Amazon n’a donc pas dérogé à la règle et ses conditions de participation m’ont surtout convaincu… de ne pas y participer !

Au début du mois, un ami m’a informé de l’existence d’un concours littéraire organisé par Amazon. Plus exactement, il s’agissait du Concours Kindle 2015 réservé aux auteurs indépendants et dont la dotation semblait relativement alléchante :


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Peut-on encore exprimer un avis personnel ?

Lorsque je me suis mis en tête de lancer ce nouveau blog, une question s’est immédiatement imposée à mon esprit :

« Mais au fait, a-t-on encore le droit d’exprimer son opinion publiquement ? Surtout si celle-ci présente le risque de ne pas aller dans le sens de la « bienpensance » ambiante… »

Ceux qui me connaissent un peu savent que je n’ai pas ma langue dans ma poche, comme on dit. En effet, j’ai plutôt tendance à donner mon avis assez spontanément, même quand on ne me le demande pas (voir plus haut de sous-titre de ce blog…). Et lorsque je parviens malgré tout à préserver une certaine neutralité dans la forme, je ne peux néanmoins pas m’empêcher de teinter le fond d’un esprit assez subjectif qui ne m’attire pas que des amitiés. Ceci dit, je ne renie rien, j’aurais même une légère prédisposition naturelle à revendiquer cet esprit taquin qui caractérise généralement mon personnage. Je ne dis pas que je provoque par plaisir, ni que je me sens l’âme d’une mouche du coche ne vivant que pour agacer les naseaux des lourds percherons de la pensée unique. Mais c’est vrai que secouer le cocotier de temps en temps, j’aime assez ça…

Des barrières au débat

Évidemment, à l’image des mes paroles, mes écrits eux-aussi ont un certain penchant pour l’asticotage de susceptibilités, mais j’estime que c’est justement la richesse de l’écrit que de pouvoir faire réagir autrui sur des sujets qui font débat : de la discussion jaillit la lumière, dit-on (à défaut du savoir). Alors, même s’il m’arrive d’écrire à destination de supports en vrai papier d’arbres faits de bois et de feuilles, je suis de plus en plus souvent amené à m’exprimer sur le Web. Et c’est justement là que le bât blesse car je note avec tristesse qu’Internet est en train de prendre le même mauvais chemin que les autres médias dits classiques. Sous le prétexte fallacieux de protéger les usagers contre d’éventuelles actions diffamantes, injuriantes, pénalisantes ou même simplement déplaisantes (si vous avez d’autres adjectifs rigolos en « -antes » je suis preneur pour ma collec’), on pose tout un tas de barrières à la liberté d’expression… qui finit par ne plus vraiment exister.

Une mauvaise critique est avant tout un signal

Alors attention, qu’on ne s’y trompe pas, je suis le premier à défendre le droit de chacun à ne pas voir son nom sali, bafoué ou malmené par la rumeur publique. Certains individus sans scrupules sont en effet passés maîtres dans la calomnie et l’insulte gratuite, généralement pour des raisons personnelles qui tiennent tout autant de la jalousie que de la frustration ou de l’infériorité intellectuelle indéniable. Mais les mauvaises critiques doivent également être prises en considération car, dussent-elles se révéler négatives, elles n’en reflètent pas moins une réflexion argumentée dont il faudrait chercher les motivations, voire les raisons, plutôt que d’essayer de les combattre et les éradiquer à tout prix.

Ainsi, un client ou un observateur mécontent (et qui le dit !) devrait avant tout constituer un signal fort à l’attention de l’entreprise qu’il critique, afin que celle-ci prenne conscience de certains dysfonctionnements susceptibles d’entrainer ce genre de réactions. Attaquer ou menacer ne fait que contribuer à la mauvaise image exprimée initialement et conforte en réalité la position des détracteurs.

Ceci étant dit, il n’empêche que plus le temps passe et plus nous nous voyons contraints de nous auto-censurer. Donner son opinion, c’est s’impliquer, s’identifier, se responsabiliser. Autant de nobles aspirations servies par de bien jolis mots qui sont pourtant de plus en plus enfermés dans leur sens strictement judiciaire. Car aujourd’hui, avant de donner publiquement notre point de vue sur le monde en hommes et en femmes libres, nous devrions tous faire un peu de Droit. Au cas où…

Je hais le « politiquement correct »

Personnellement, je trouve qu’il n’y a pas pire intolérance que celle qui est véhiculée par le « politiquement correct ». Car à force de vouloir gommer toutes les différences, on finit par les nier.

Ainsi, à force de vouloir uniformiser les individus, on joue au jeu malsain des amalgames, des comparaisons douteuses et des raccourcis faciles. Quant aux précautions oratoires auxquelles nous sommes désormais contraints pour ne pas être accusés d’anti-ceci ou de pro-cela , elles favorisent peu à peu l’émergence d’une pensée unique et d’un eugénisme intellectuel pas très rassurants. Aujourd’hui on ne débat plus des vraies questions de société, on se contente d’accepter la version officielle des choses et on valide tacitement les abus inévitables d’une politique de nivellement qui s’opère le plus souvent par le bas pour ne pas froisser des catégories minoritaires perçues comme désavantagées.

« On ne juge même plus les gens sur leur apparence, ce qui est déjà souvent une erreur,
mais bien suivant un profiling qui distingue d’un côté ceux qu’il est de bon ton de défendre
et de l’autre ceux que la morale en vigueur nous enjoint de combattre ».

Et d’abord, comment décide-t-on que certaines personnes sont désavantagées ? En dehors des cas de faiblesse avérée et incontestable (vieillesse, enfance, pauvreté, maladie…), je veux dire. Bien souvent, on les considère plus fragiles simplement parce qu’on a choisi de les inscrire arbitrairement dans la liste des individus à protéger, que ce soit en raison de nos opinions politiques, religieuses ou morales. En fait, on ne juge plus les individus qu’au travers de clichés, d’archétypes et de lieux communs. Cette attitude est d’autant plus paradoxale qu’on s’efforce par ailleurs de tout neutraliser, d’aseptiser et d’aplanir les éventuelles aspérités entre les individus pour que ces derniers ne forment plus qu’un seul bloc indistinct qu’on appelle sobrement « l’opinion publique ».

Discrimination positive

Alors, pour justifier cette apparente contradiction, on explique qu’on pratique la « discrimination positive », un vocable affreux qui réalise l’exploit d’être à la fois un non-sens sémantique, une aberration humaine et une grave erreur politique. On joue la carte de « l’intégration des diversités ». En un mot, on ne voit plus que ce que l’on souhaite regarder.

Et tout cela pour quoi ? Tout simplement pour éviter que la mise en avant des qualités de certains contribue à faire ressortir les défauts des autres (ou tout au moins leur absence de qualités).

Il s’agit véritablement de manipuler les foules, par une argumentation qui confine à l’art le plus abouti en matière de dialectique. Autrefois, on disait qu’on faisait prendre des vessies pour des lanternes. Aujourd’hui, on a fait oublier aux gens jusqu’à l’existence même des lanternes. Désormais, la vérité gênante est simplement remplacée par une version plus consensuelle, plus propre sur elle et qui sent bon l’humanisme embourgeoisé. Le non-dit est officialisé et le mensonge devient même une vertu lorsqu’il s’agit d’orienter l’opinion publique vers une vision du monde plus acceptable, à défaut d’être plus respectable.

« Le politiquement correct est la meilleure chose que l’on ait inventée
pour permettre aux imbéciles de l’ouvrir et obliger les gens de bon-sens à la fermer.  »
Pascal Pigeolet

 

La fin de l’esprit critique

Au final, plus personne ne veut (ne peut ?) entendre la vérité toute nue. L’esprit critique est devenu pudibond, le libre-penseur est devenu bien-pensant. Et même dans les médias, où la complaisance le dispute à « l’abrutissement des masses » (pour reprendre une expression très appréciée des opposants à la télévision notamment), la vie des people ou encore la mise en scène  d’existences fictives filmées en continu ont depuis longtemps remplacé les questions économiques et sociétales qui devraient pourtant se trouver au premier rang des préoccupations de la majorité des citoyens. « Du pain et des jeux », disaient les Romains. On n’en est pas très loin, surtout si on considère que le but visé était le même, à savoir éviter tout idée de révolte au sein d’un peuple assoupi, rassasié et abruti de loisirs, qui n’a plus besoin de réfléchir et qui, de toute façon, n’en a plus envie.

Le politiquement correct s’inscrit alors parfaitement dans ce schéma, nous donnant du « prêt-à-penser » comme on nous dicterait une conduite. Taxer de « délinquant sexuel » un immonde violeur pédophile, parler d’une « offre premium » pour éviter de dire qu’elle est hors de prix, ou bien évoquer des « acquis sociaux » qui ne sont en réalité que des privilèges inégalitaires, c’est s’assurer une place dans le moule confortable d’une société formatée, insipide et hypocrite ; de celle qui s’efforce de vous dissuader d’avoir toute idée de révolte qui viendrait troubler l’ordre établi.

Alors dormez tranquilles, braves gens : en vous évitant de trop penser par vous-même, vos seigneurs veillent sur vous.