Sévices de presse !

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On a coutume de dire que les médias sont à la promotion d’un livre ce que les libraires sont à sa distribution : IN-DIS-PEN-SABLES ! Et donc, chaque fois qu’un éditeur (ou un auteur auto-édité) publie un nouveau livre, il passe invariablement par la case « Service de Presse » pour le faire connaitre. Je l’ai fait moi aussi, que ce soit en tant qu’éditeur ou en tant qu’auteur, et ce que je sais aujourd’hui… c’est que je ne le ferai plus ! Ou en tout cas plus de la même façon…

Pour ceux qui l’ignorent, le service de presse (ou « service presse » comme on l’appelle le plus souvent) correspond à l’envoi d’exemplaires gratuits d’un livre à des journalistes dans l’espoir que ces derniers en parlent dans leurs articles, voire y consacrent une chronique à part entière (on peut rêver). Normalement, c’est l’éditeur qui choisit les journalistes qu’il pense les plus à même de justifier un envoi de ce genre, car cette opération représente toujours un coût non négligeable (surtout si on est un petit éditeur, voire un auteur indépendant) et on a beau faire un métier qui touche à « l’artistique », on n’en est pas moins préoccupé par les aspects comptables et commerciaux de cette activité.

Il faut se méfier des services presse sollicités…

L’ennui c’est que, depuis pas mal de temps déjà, de nombreux journalistes (ou prétendus tels) contactent spontanément les maisons d’édition pour leur demander des services presse de leur(s) dernier(s) titre(s). Et là encore les petits éditeurs constituent une cible de choix car ils ont vite fait d’en déduire (naïvement ?) que ces demandes sont un signe de l’intérêt des médias pour leur travail. Rien n’est plus faux ! En réalité, la très grande majorité de ces sollicitations émanent de pseudo-journalistes (parfois autoproclamés !), de stagiaires en mal de piges, voire de gens qui n’ont strictement aucun lien avec une quelconque activité médiatique (j’ai eu le cas d’un agent d’entretien qui avait pu obtenir une adresse e-mail au nom d’un des magazines chez lequel il travaillait).

Mais même lorsqu’il s’agit de journalistes confirmés et encartés, une demande spontanée de service presse doit être considérée avec méfiance. En effet, dans le meilleur des cas, vous pourrez éventuellement voir passer une mention de votre livre dans l’Officiel des Collectionneurs d’Articles Vétérinaires ou encore dans la Revue Trimestrielle des Plastiques et Caoutchoucs, mais la plupart du temps vos services presse finiront… sur eBay ! Oui, oui, parfaitement, revendus sous le manteau par ceux-là mêmes qui se revendiquent d’une déontologie leur interdisant de mêler leur noble art à quelque infamant mercantilisme.

Au final, vous aurez dépensé du temps et de l’argent uniquement pour fournir de la lecture gratis à des opportunistes qui se fichent de votre travail et qui n’ont probablement jamais eu l’intention de parler de vous. Mais doit-on pour autant abolir cette pratique aussi ancienne que désormais dévoyée ? Pas exactement.

Privilégier les nouveaux « informateurs » aux anciens « encartés-syndiqués »…

Par expérience, je sais aujourd’hui que les journalistes de presse traditionnelle ne s’intéressent quasiment jamais aux livres d’auteurs indépendants, ni même à ceux produits par les petites maisons de province. En dehors des galaxies Gallimard, Flammarion ou Hachette, aucune chance ! Idem si vous n’êtes pas une ex-starlette de la téléréalité, un apprenti terroriste de retour d’un séminaire pratique en Irak ou encore un banquier véreux qui aurait tué sa femme handicapée pour vivre enfin librement une idylle homosexuelle avec un ancien taulard xénophobe ; vous n’intéressez pas le moindre échotier accro aux people et dopé aux scoops trash ! Sans compter que la plupart des journalistes sont aujourd’hui bien trop occupés à défendre leur métier pour encore bien le faire…

En revanche, il y a tout une nouvelle génération de VRAIS relayeurs d’information qu’on retrouve sous le vocable pas toujours très flatteur de blogueurs influents. En ce qui me concerne, je pense désormais me concentrer sur cette catégorie de personnes davantage impliquées dans la recherche d’informations pertinentes que dans la protection d’un quelconque statut privilégié. Je préfère mille fois m’adresser à ces personnes qui, même si elles n’en font pas officiellement leur métier, véhiculent des idées et permettent d’apporter l’actualité à la connaissance du plus grand nombre de manière bien plus professionnelle que la plupart de ceux qui brandissent une carte de presse comme seule preuve de leur légitimité.

Cela dit, je n’oublie pas non plus les rares journalistes qui font bien leur travail (ils existent !) et à qui je continuerai d’envoyer mes livres en service presse car je sais que, même lorsqu’ils choisissent de ne pas écrire sur mes bouquins, ils n’en respectent pas moins mon travail et certains vont jusqu’à me remercier d’avoir pensé à eux.

Et si on comparait…?

Enfin, pour terminer sur une note bien factuelle, avec des chiffres et tout et tout, mon dernier livre a fait l’objet de 76 envois en service presse (ce qui est beaucoup pour un bouquin auto-édité) dont une bonne moitié sollicitée par des journalistes contactés à l’occasion d’un communiqué de presse. À ce jour, AUCUNE retombée dans les médias*, si ce n’est une interview annulée au dernier moment chez BFM Business. Mon bouquin n’est certainement pas un prix Nobel de littérature, mais je suis étonné de constater que, même parmi les gens qui m’en ont expressément demandé un exemplaire, pas un n’y a trouvé matière à pondre un entrefilet ici ou là.

Quoi qu’il en soit, cette première campagne de presse étant désormais terminée, je vais maintenant m’adresser à ces fameux blogueurs influents, dont certains sont réputés pour la sévérité de leur jugement. Certes, l’idée première est de susciter leur intérêt afin qu’à leur tour ils aient envie de susciter celui de leurs lecteurs. Mais j’avoue aussi que j’ai bien envie de juger de l’impact de cette seconde vague de communication, histoire de pouvoir comparer avec la précédente . Et là, je vous dirai… 😉

 

 

* le livre a néanmoins été relayé dans certains journaux et magazines mais sans aucun lien avec la campagne de services presse, uniquement sur la base du bouche-à-oreille et de la promotion que j’ai pu déjà faire sur Internet.

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