Rédiger n’est pas écrire

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Quand j’écris une histoire, j’aime assister aux évolutions inattendues que prend l’intrigue, devenir en quelque sorte spectateur d’un récit qui semble peu à peu s’émanciper et trouver son propre chemin, vivre sa propre vie ; c’est d’ailleurs le signe que le livre est bien engagé et que je ne suis plus là que pour le guider afin qu’il ne sorte pas des clous. Comme un enfant, en fait.

Mais parfois il arrive que je m’y sois mal pris dès le départ et, par exemple, que le ton adopté initialement pour le récit ne colle plus avec ce que le livre est en train de devenir. Le style, l’angle de départ ou encore le plan prévu peuvent alors se révéler complètement inadaptés au fur et à mesure que le projet avance… jusqu’à ce qu’il ne puisse plus avancer, justement. Et c’est souvent à ce moment là que je m’en rend compte, lorsque l’écriture devient laborieuse alors même que je ne manque ni d’idées ni d’inspiration et que je passe la plupart de mon temps à relire ce que j’ai écrit, comme si j’allais y trouver la réponse à mon problème.

Une idée n’est jamais mauvaise, on la construit mal, c’est tout

Dans ce cas, à tort ou à raison, j’ai donc tendance à considérer que n’est pas l’idée qui est mauvaise mais que c’est moi qui n’ai pas su la traiter correctement au début. Par conséquent, une fois le triste constat établi, soit je laisse le bouquin inachevé de côté (généralement quand le projet est peu avancé) en attendant d’être dans de meilleures dispositions pour tout reprendre ; soit je me remets immédiatement au travail, non plus pour le faire avancer mais pour le remanier de fond en comble afin de lui donner la bonne configuration qui me permettra de le poursuivre.

Quand on y pense, un livre ça se construit un peu à la manière d’un puzzle dont toutes les pièces auraient la même forme : les assembler les unes aux autres n’est qu’un jeu de patience assez simple, avec un résultat souvent décevant même si on finit toujours par toutes les placer. Car il n’existe qu’une seule et unique combinaison qui sache restituer parfaitement à la fois l’idée de départ et le sens qu’on a voulu lui donner en la fixant sur un support. Les peintres et les photographes connaissent bien ce sentiment, eux aussi : sans la bonne composition, la bonne mise en lumière, la bonne perspective, leur œuvre n’est rien d’autre qu’une simple image sans intérêt.

Accumuler les mots ne suffit pas à leur donner un sens

Aujourd’hui, que ce soit sur Internet, dans la presse ou encore chez les libraires, le contenu est devenu roi. Pas le texte, non, le contenu. Désormais, la mode est à l’accumulation de mots au détriment de leur sens, la masse l’emporte sur la précision, la quantité devient commercialement préférable à la qualité. Dans ces conditions, on rencontre de plus en plus d’ouvrages sans âme ni originalité, qui se contentent d’exister et de remplir encore un peu plus les rayonnages et les disques durs sans que ça ne choque plus personne. Pire, on dirait même que tout le monde s’en arrange, que c’est plus simple en somme.

De mon côté, j’en arrive alors à me demander si finalement je ne me préoccupe pas un peu trop du bon sens des pièces de mon puzzle. Je me dis que j’aurais sans doute davantage à gagner à simplement « poser » mon idée comme cela se fait aujourd’hui, sans souci de bien l’amener ni même de vouloir transmettre une émotion, un sentiment, voire une réflexion à ceux qui la liront. De rédiger, un point c’est tout, avant de passer à une autre idée, un autre livre, et ainsi de suite.

C’est généralement à ce moment précis que je me colle une grande baffe et que je me dit qu’il est temps de me remettre au boulot au lieu de philosopher !

2 réflexions sur “Rédiger n’est pas écrire

  1. Si le contenu est roi, l’art de l’organiser pour visualiser les concepts fait ou défait le palais Royal, site web d’aujourd’hui.

    peut être faut il concevoir ses contenus comme une intrigue policière : par la fin? Éternel recommencement 😉

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