Peut-on encore exprimer un avis personnel ?

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Lorsque je me suis mis en tête de lancer ce nouveau blog, une question s’est immédiatement imposée à mon esprit :

« Mais au fait, a-t-on encore le droit d’exprimer son opinion publiquement ? Surtout si celle-ci présente le risque de ne pas aller dans le sens de la « bienpensance » ambiante… »

Ceux qui me connaissent un peu savent que je n’ai pas ma langue dans ma poche, comme on dit. En effet, j’ai plutôt tendance à donner mon avis assez spontanément, même quand on ne me le demande pas (voir plus haut de sous-titre de ce blog…). Et lorsque je parviens malgré tout à préserver une certaine neutralité dans la forme, je ne peux néanmoins pas m’empêcher de teinter le fond d’un esprit assez subjectif qui ne m’attire pas que des amitiés. Ceci dit, je ne renie rien, j’aurais même une légère prédisposition naturelle à revendiquer cet esprit taquin qui caractérise généralement mon personnage. Je ne dis pas que je provoque par plaisir, ni que je me sens l’âme d’une mouche du coche ne vivant que pour agacer les naseaux des lourds percherons de la pensée unique. Mais c’est vrai que secouer le cocotier de temps en temps, j’aime assez ça…

Des barrières au débat

Évidemment, à l’image des mes paroles, mes écrits eux-aussi ont un certain penchant pour l’asticotage de susceptibilités, mais j’estime que c’est justement la richesse de l’écrit que de pouvoir faire réagir autrui sur des sujets qui font débat : de la discussion jaillit la lumière, dit-on (à défaut du savoir). Alors, même s’il m’arrive d’écrire à destination de supports en vrai papier d’arbres faits de bois et de feuilles, je suis de plus en plus souvent amené à m’exprimer sur le Web. Et c’est justement là que le bât blesse car je note avec tristesse qu’Internet est en train de prendre le même mauvais chemin que les autres médias dits classiques. Sous le prétexte fallacieux de protéger les usagers contre d’éventuelles actions diffamantes, injuriantes, pénalisantes ou même simplement déplaisantes (si vous avez d’autres adjectifs rigolos en « -antes » je suis preneur pour ma collec’), on pose tout un tas de barrières à la liberté d’expression… qui finit par ne plus vraiment exister.

Une mauvaise critique est avant tout un signal

Alors attention, qu’on ne s’y trompe pas, je suis le premier à défendre le droit de chacun à ne pas voir son nom sali, bafoué ou malmené par la rumeur publique. Certains individus sans scrupules sont en effet passés maîtres dans la calomnie et l’insulte gratuite, généralement pour des raisons personnelles qui tiennent tout autant de la jalousie que de la frustration ou de l’infériorité intellectuelle indéniable. Mais les mauvaises critiques doivent également être prises en considération car, dussent-elles se révéler négatives, elles n’en reflètent pas moins une réflexion argumentée dont il faudrait chercher les motivations, voire les raisons, plutôt que d’essayer de les combattre et les éradiquer à tout prix.

Ainsi, un client ou un observateur mécontent (et qui le dit !) devrait avant tout constituer un signal fort à l’attention de l’entreprise qu’il critique, afin que celle-ci prenne conscience de certains dysfonctionnements susceptibles d’entrainer ce genre de réactions. Attaquer ou menacer ne fait que contribuer à la mauvaise image exprimée initialement et conforte en réalité la position des détracteurs.

Ceci étant dit, il n’empêche que plus le temps passe et plus nous nous voyons contraints de nous auto-censurer. Donner son opinion, c’est s’impliquer, s’identifier, se responsabiliser. Autant de nobles aspirations servies par de bien jolis mots qui sont pourtant de plus en plus enfermés dans leur sens strictement judiciaire. Car aujourd’hui, avant de donner publiquement notre point de vue sur le monde en hommes et en femmes libres, nous devrions tous faire un peu de Droit. Au cas où…

2 réflexions sur “Peut-on encore exprimer un avis personnel ?

  1. Salut Bruno 🙂

    Alors là, très très bon! Un billet qui sonne comme un gnon au coin de la gueule d’une liberté d’expression en perdition.

    J’ai surement moins de recul que toi sur la question (et surement moins d’observation aussi) mais je constate aussi cette tendance même plus dissimulée, à l’asphyxie des opinions qui « dérangent ».

    Sans les cautionner forcément ces fameuses (ou pas) opinions, je trouve que cette « solution » d’apparente facilité a tendance à renforcer ceux qu’elle est censée affaiblir.

    Bref, je le dis et le redis et vu que là au moins, ça risque rien : j’ai ‘achement apprécié ton article et me réjouis d’un retour aux affaires bloguesques que j’espère costaud sur la durée 🙂 😉

    @ plusseries cordiales
    Sylvain

    • En effet Sylvain, l’idée n’est pas de cautionner toutes les opinions (car ce serait parfois un peu compliqué lorsqu’elles se contredisent) mais de considérer qu’elles peuvent s’exprimer librement, même si elles ne vont pas dans notre sens. Car, d’une part, il est quand même plus simple de contrer certaines idées néfastes quand on sait qu’elles existent et, d’autre part, toute privation de liberté entraîne une frustration qui fait le lit de tous les excès. Mais attention, la liberté d’expression ne donne pas non plus un droit à dire tout et n’importe quoi. La loi est là pour éviter les débordements excessifs. Pour finir je rappellerais juste 2 maximes célèbres qui résument plutôt bien ma pensée :

      "Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire."

      "La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres."

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