Patriotisme à géométrie variable

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Les gens sont formidables. Si, si. Prenez cette histoire de drapeau qui agite en ce moment notre fragile petit équilibre socio-politique. Il serait apparemment désormais bien vu de marquer son attachement profond à la France en arborant un drapeau tricolore ! Ah bon ? On nous aurait alors menti jusqu’ici…?

Vous comme moi, on a tous autour de nous des gens bien comme il faut qui ont passé ces dernières années à nous expliquer tout le mal qu’ils pensaient du drapeau français (trop nationaliste !), de la Marseillaise (trop guerrière !) ou de l’esprit patriotique (trop nationaliste ET guerrier !). Mais oui, vous savez bien, ces éternels donneurs de leçons qui se baladent toujours avec leur pseudo-idéologie socialo-humaniste en bandoulière, ceux-là mêmes qui votent écolo en roulant en 4×4 et qui se disent ouvertement de gauche tout en veillant jalousement à leurs seuls intérêts personnels… quitte parfois à se fâcher avec ceux qui ne les auraient pas « favorisés » au détriment de la communauté (oui, j’avoue, je mets un peu de mon vécu là…).

Voilà, vous voyez de qui je parle, nous avons tous les mêmes. Et il le faut bien car, sans cela, qui voterait pour les charlots qu’on traîne déjà depuis plus de trois ans à la tête de notre pays ? Attention, je ne dis pas non plus que les précédents étaient meilleurs, hein, des charlots aussi… C’est juste que ceux-là ne se cachaient pas forcément derrière de faux bons sentiments pour nous bouffer la laine sur le dos.

Mais revenons-en à ce qui justifie mon « opignon » du moment.

Aujourd’hui, le président de la République et son gouvernement ont donc souhaité que tous les Français pavoisent leurs fenêtres d’un drapeau bleu-blanc-rouge et, pour ma part, je pourrais me réjouir qu’on se décide enfin à honorer nos valeurs républicaines à travers ce qui fait le symbole de notre unité nationale. Sauf que…

Sauf que, si je reviens quelques années en arrière, ou même quelques mois, voire quelques semaines, le simple fait d’arborer les couleurs de la République nous exposait automatiquement au risque d’être traités de … fascistes ! Rappelons au passage que les principaux régimes fascistes de ces 100 dernières années, dont certains se sont brillamment illustrés dans le palmarès des crimes contre l’humanité, génocides et autres exterminations massives, étaient (et sont toujours !) des régimes socialistes.

Mais passons.

Avant le désormais funèbre vendredi 13 novembre, un drapeau tricolore à la fenêtre ou dans son jardin signifiait forcément qu’on votait pour Marine Le Pen, juste parce que quelques obscurs bas-du-front-national avaient décidé de s’identifier à nos couleurs communes. Là, question connerie à tiroirs, on avait décroché la timbale : entre les abrutis du FN qui pensaient soudain que le drapeau leur appartenait et les couillons des autres partis qui criaient au facho dès qu’ils apercevaient un bout de tissu bleu-blanc-rouge, c’est clair qu’on était devenus un pays de champions.

Et tout-à-coup, aujourd’hui, voilà que tous ceux qui ne pouvaient plus voir un drapeau français sans sortir crucifix et gousses d’ail idéologiques, tous ces chantres de la liberté de pensée unique se mettent à dévaliser les magasins de drapeaux pour décorer leurs fenêtres comme pour un 14 juillet (qu’on ne fête plus, d’ailleurs). Y en a même qui, face à la pénurie d’un produit qui ne s’attendait pas qu’on l’aime autant tout-à-coup, se débrouillent comme ils peuvent (t-shirts, papier, peinture…) pour montrer leur « respect des principes démocratiques fondamentaux« , leur « unité nationale« , leur « attachement au valeurs de la République« …

Ah bon ? Alors donc ça veut dire tout ça, le drapeau français ? Cool. Au fond de moi, je le savais déjà, hein, mais depuis le temps que j’essayais d’expliquer ça à certaines de mes relations politiquement correctes (eux ont « des amis noirs et arabes », disent-ils, je peux bien avoir des amis cons, non ?), ils avaient presque fini par me convaincre du contraire. Et à force de m’entendre traiter de « facho » (putain, relisez un peu l’histoire, les gens !) ou d’immonde suppôt du diable Bleu Marine (moi au Front National, c’est comme le Pape François en guest-star dans une boîte de strip-tease, ou Georges Lucas comme scénariste des Anges de la Téléréalité : ce serait une très, très grave erreur de casting), j’étais convaincu que jamais je ne brandirais un drapeau français en public, ce que je faisais pourtant sans problème quand j’étais môme.

Là je suis rassuré, mais quand même, je me méfie encore un peu. Alors, je ne vais pas sortir mon drapeau tout de suite, juste parce que tout le monde montre le sien et que c’est cool qu’y z’ont même dit sur TF1 qu’il fallait le faire. Non, je vais attendre quelques mois, et là, si personne ne me fait de remarques, si mon amour de la France ne me rend plus suspect d’extrémisme nationaliste, alors ok, je pourrai croire que les Français sont enfin vraiment redevenus fiers de leur drapeau.

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