On a tous voté Front National !

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Ce matin, après les résultats des élections européennes de dimanche, tout le microcosme politico-médiatique pousse des cris d’orfraie devant la coloration bleu Marine prise par notre « pauvre France« . Quant aux commentaires des usagers des réseaux sociaux, ils sont à l’avenant dans un concert larmoyant de : « Mon Dieu ! C’est la fin de la démocratie.« , ou encore : »La France a perdu la mémoire ! » et bien évidemment le must : « J’ai honte d’être Français ! J’ai pas voté, mais j’ai honte d’être Français. »

Et tu as bien raison, ami internaute, c’est en effet la honte qui devrait marquer ton front ce matin. Non pas à cause des résultats politiques en eux-mêmes (lesquels restent, quoi qu’on en dise, relativement anecdotiques) mais bien car, plus de 6 fois sur 10, tu n’es même pas aller voter. « Oui mais bon, c’était la fête des mères… Et puis, il pleuvait, j’avais pas envie de sortir… En plus, je viens de m’acheter l’intégrale de Derrick en blue-ray… »

Moui, moui, moui. C’est vrai qu’après de tels arguments, tu es parfaitement légitime pour clamer d’un air dramatique que « le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde… bla… bla… bla… » Non mais franchement !

Une belle unité nationale, pour une fois

Mais sais-tu, ami frileux et « fête-des-mèriste« , que tu as toi aussi voté pour ce parti que tu vomis d’ailleurs de manière si anti-démocratique (au passage…) ? Et, n’en déplaise à certains, nous avons d’ailleurs TOUS voté pour faire du Front National le premier parti de France. Si, si, je m’explique.

D’abord, il y a les électeurs nationalistes proprement dit, et je suis chaque fois surpris qu’on tolère avec autant de facilité les insultes publiques dont on les agonit au quotidien pour leurs choix politiques. On peut très bien ne pas être d’accord avec leur point de vue, ils n’en restent pas moins libres d’exprimer leur opinion tant qu’elle reste dans les limites acceptées par la loi. Si je ne m’abuse, le Front National est encore un parti autorisé par la Constitution. Donc, chaque fois qu’on dénie à plusieurs millions de Français le droit d’apporter leur soutien à une politique dûment représentée et régulièrement formée, on contrevient au principe élémentaire de démocratie. Comme disait déjà Evelyn Beatrice Hall  (et pas Voltaire !) en 1906 : « Je n’aime pas ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.« *

Quand tu as choisi de te taire, c’est pas pour l’ouvrir lorsque les autres parlent à ta place

Et puis nous avons les abstentionnistes. Oui, ami paresseux et néanmoins honteux de ton pays, c’est de toi dont je parle. On le sait, les élections sont à la fois l’arme des minoritaires et l’expression de la vanité des anciens vainqueurs. Pour les premiers, il est indispensable de ne manquer aucune échéance électorale afin de faire entendre leur voix, car c’est souvent la seule occasion qui leur est donnée de le faire. Pour les seconds, ils sont tellement convaincus de leur supériorité immuable qu’ils se disent qu’une voix de plus ou de moins (la leur) ne fera pas de grande différence. Résultat, la majorité des abstentionnistes sont généralement des électeurs du principal parti d’opposition comme de la majorité au pouvoir.

Quand « National » n’est finalement si loin de « Socialiste »…

Enfin, particularité française de ces élections européennes, nous avons également ceux qui, dès 2012, ont porté le Front National au score qui est désormais le sien. Comment ? C’est simple, en votant pour le pire des présidents de la Ve République, lequel a su en deux ans décevoir 80% des Français, y compris et surtout ceux qui avaient expressément choisi de lui faire confiance, ceux-là même qui se comptent majoritairement dans les plus basses couches de la société (on oubliera volontairement la poignée d’artistes et de pseudo-intellectuels qui cultivent leur image d’humaniste en votant prolétaire tout en continuant à surfer bien au-delà des préoccupations du petit peuple). Sauf qu’en tuant les espoirs des plus modestes, notre MoiPrésident a du même coup trahi les rêves de cet électorat populaire qui constitue justement le terrain de chasse favori… du Front National. Juste en passant, n’oublions pas que le Parti Socialiste reste la formation politique qui « envoie » le plus de sympathisants déçus vers le FN.

Des partis d’un autre âge

A côté de tout ça, qu’avons-nous ? Une droite classique qui, depuis deux ans au moins, démontre à l’envi qu’elle n’est plus qu’un club-house de cadres vieillissants s’accrochant vainement à leurs illusions de pouvoir ; des politiques qui ont depuis longtemps oublié les électeurs pour se concentrer sur de tristes querelles d’égos, à mesurer en permanence lequel d’entre eux à la plus grosse. Et peut-on encore évoquer les communistes sans sourire ? Qu’ils se nomment militants du Front de Gauche, anti-capitalistes ou encore écologistes (oui, oui, comme les pastèques : verts dehors et rouges dedans), leur discours est devenu tellement éculé, usé jusqu’à la corde à force d’ânonner bêtement des revendications d’arrière-garde, qu’ils en sont devenus plus distrayants qu’efficaces. Si au moins certaines de leurs idées (parfois bonnes, il faut le reconnaître) avaient encore la moindre chance de faire avancer notre société, ça irait encore, mais non. Leurs combats sont anachroniques, déconnectés du XXIe siècle et surtout servis par des individus dont la personnalité frise souvent la caricature. A tel point qu’on en arrive à se demander si les leaders de ces partis ne sont pas en réalité des comédiens embauchés par leurs adversaires et infiltrés pour finir de ridiculiser ces formations politiques en voie d’extinction.

Bref, arrêtons de nous voiler la face. Certes, la France n’est pas subitement devenue nationaliste et europhobe (elle l’a plus ou moins toujours été…), mais si c’est devenu aussi visible depuis dimanche dernier c’est aussi et surtout parce que nous avons tous ouvert un boulevard à Marine Le Pen. Soit en votant pour elle (et, je le rappelle, les électeurs du FN ne sont pas moins Français que les autres), soit en jouant le jeu de partis politiques dans lesquels la France ne se reconnaît plus depuis longtemps, soit enfin en laissant aux autres le privilège de choisir pour nous.

(* « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it.« )

5 réflexions sur “On a tous voté Front National !

  1. Bel article, mais qui part un peu vite dans les tours je trouve. La situation est amha bien plus désespérée qu’on ne le pense, et les moulins à vent politiques qui s’indignent du choix des votants sont vraiment vraiment déconnectés de cette France dont ils parlent sans rien en connaître. Réveillez-vous les politiques, le monde a changé depuis VGE, et aujourd’hui sans exemplarité vous n’arriverez à rien. Alors mettez de côté vos affaires (Bygmalion et Cie, tous ripoux) et tâchez de faire un vrai travail avec la patrie au coeur, comme vous le dites, c’est à dire en mettant de côté vos avantages (salaires mirobolants, retraites et pensions, immunités en tous genres et avantages en nature). Allez, on vous laisse quand même le networking qui vous permet de placer vos proches ou vos amis.

  2. Merci pour le commentaire. C’est vrai que je pars (peut-être !) (un peu !) dans les tours, mais c’est aussi quelque part la marque de fabrique de ce blog : des opinions parfois un peu tranchées mais toujours sincères. Et tant pis si ça fait grincer des dents, ce n’est pas l’objectif mais de toute façon, on ne peut pas plaire à tout le monde. Alors autant dire ce qu’on a à dire.

    Sinon, bien évidemment, je suis parfaitement d’accord avec ce que vous dites : les élus sont totalement déconnectés de la France ; la politique n’est plus qu’un job plus ou moins rémunérateur pour eux, et plus du tout une expression d’une quelconque volonté de faire bouger les choses. C’est du business et nous, pauvres électeurs, ne sommes bons qu’à leur servir de cible marketing.

    Tout ça pour les entendre nous expliquer comment vivre notre vie et, surtout, supporter leurs grands airs tandis qu’ils nous donnent des leçons d’austérité, d’économie ou de savoir-vivre ensemble dont ils seraient de toute manière incapables de suivre les plus élémentaires préceptes.

  3. Yes Bruno,

    Déjà, je te sens en forme, et ça, ben ça me fait bien plaisir! :)

    Ensuite, je t’avoue que même si je vote, moi la politique… Mais là n’est pas la question : je suis bien d’accord avec le message contenu (en un mot) dans ce billet.

    J’ai d’ailleurs souri quand tu as parlé des comédiens embauchés par leurs adversaires. Ca paraît gros vu comme ça mais ça reste possible finalement quand on y pense 5 secondes :D :D

    Bonne continuation l’@mi et continue à distribuer tes (opi)gnons comme tu sais si bien le faire ;)

    Cordialisme politiquement correct,
    Sylvain

    • Merci d’être passé, l’@mi, et aussi pour ton commentaire. Sache toutefois qu’il ne s’agit pas vraiment d’un billet politique, mais plutôt sociologique. Il se trouve juste que le phénomène décrit trouve sa cause dans un évènement politique (somme toute relativement anecdotique, avouons-le) mais l’objet même de mon propos est uniquement de remettre les faits en perspective, de prendre le recul nécessaire pour voir qu’on peut tout dire et son contraire à condition d’avoir les arguments qui vont bien.

      Quoi qu’il en soit, je vais bien évidemment continuer à distribuer des (opi)gnons chaque fois qu’il m’en prendra l’envie, même si je doute qu’ils soient un jour « politiquement correct » tel que tu m’encourages à le faire dans tes salutations que je sens néanmoins ironiques ;)

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