L’intelligence est-elle soluble dans l’Éducation Nationale ?

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Oui, je sais, la question fleure bon la provocation gratuite. Mais c’est peut-être aussi un peu parce que, dès qu’on touche à l’Éducation Nationale, on court le risque de passer pour un affreux réactionnaire, à plus forte raison si on commence à dire qu’elle n’est pas parfaite. C’est d’ailleurs une constante chez les soldats de la bien-pensance républicaine : il suffit qu’on les chatouille du côté des « saintes-valeurs-inaltérable-de-la-démocratie-humaniste-et-sociale » pour qu’ils brandissent aussitôt leurs panneaux accusateurs, tels des juges sportifs qui sanctionnent en un instant l’aboutissement de plusieurs années d’entraînement intensif et de sacrifices par un laconique « 5/10 » !

RÉFLÉCHIR PEUT NOUS FAIRE CONDAMNER !

Mais là, point de note, juste des qualificatifs. Ainsi, osez vous plaindre d’incivilités commises par des individus appartenant à ce que nos élus ont décidé d’appeler une minorité visible, et vous serez tout de suite qualifié de raciste. Étonnez-vous de l’importance accordée aux prises de position loufoques et infatuées d’un Bernard-Henri Lévy aussi philosophe que je suis archevêque, et vous voila brusquement bombardé antisémite. Regrettez enfin que l’Éducation Nationale forme chaque année un peu plus d’incultes au point que les premières générations d’abrutis enseignent désormais aux nouvelles l’art et la manière d’être un peu plus bêtes que les précédentes, et vous devenez tout-à-coup un vil réactionnaire, serviteur des forces impérialistes ultra-libérales qui oppriment le peuple et veulent interdire aux médiocres de conduire le monde.

Ben disons-le tout net, oui, ça me chiffonne un peu de laisser les manettes de mon quotidien entre les mains de gens qui ne savent parfois même plus lacer leurs chaussures tout seuls. Alors, si je dois être traité de réac’ pour ça, d’accord, pourquoi pas. Mais que mes accusateurs prennent également le temps de s’intéresser un peu aux faits.

UN NIVEAU SCOLAIRE EN CHUTE LIBRE

IL NE FERAIT PAS BON ÊTRE SOCIALEMENT DÉFAVORISÉ EN FRANCE
Tant que les élèves sont capables de suivre, les enseignants paraissent étrangement plus compétents. Or, du point de vue des rapporteurs PISA, la capacité de rester à niveau semble directement corrélée au milieu social dont sont issus les élèves, les plus « aisés » ayant davantage de possibilités d’être soutenus en dehors du cadre scolaire (cours à domicile notamment). Les élèves issus de milieux sociaux défavorisés, en revanche, ne pouvant compter que sur la bonne volonté et les compétences relatives du personnel de l’Éducation Nationale. Ainsi, en se basant sur les seuls résultats des élèves issus de milieux favorisés, la France se situerait dans le premier quart du classement (13e). Tandis qu’en ne comptabilisant que les élèves les plus défavorisés, elle se placerait au mieux en  33e position… sur 34 !

En décembre dernier, le rapport PISA, qui établit tous les ans une sorte de cartographie du niveau scolaire moyen des jeunes d’une soixantaine de pays, a classé la France en 18e position sur les 34 pays membres de l’OCDE, c’est-à-dire loin derrière ceux qui lui ressemblent en termes de niveau de vie et de richesse économique (Pays-Bas, Finlande, Canada, Allemagne, Belgique, Australie, etc.). Même la Chine est meilleure que nous, et pas qu’un peu.

De la même façon, on déplore chaque année la baisse régulière du niveau des élèves qui sortent de l’école primaire sans maîtriser les savoirs de base que sont l’écriture, la lecture et le calcul élémentaire. Sans oublier que, dans le but douteux « d’alléger les programmes scolaires » (faudra un jour qu’on m’en explique la raison) on dépouille peu à peu l’enseignement de pans entiers de ce qui fait le savoir au sens large et qui contribue aussi à la construction d’un esprit citoyen respectueux et responsable de ses héritages culturels (histoire, géographie, éducation civique, etc.). Alors qu’on ne s’y trompe pas, je ne suis pas ici en train de réclamer le retour de l’école de Jules Ferry, ni de chercher à démontrer la supériorité de l’instruction publique sous la IIIe République. Mais il n’en demeure pas moins que les élèves d’aujourd’hui, s’ils connaissent bien mieux le monde que leurs aïeux, n’ont pour autant aucune idée de la manière de s’y intégrer correctement. Et la raison en est simple…

ON N’APPREND PLUS A APPRENDRE…

Qu’il s’agisse du niveau scolaire catastrophique révélé par le programme international pour le suivi des acquis des élèves, ou bien encore de la perte progressive de la quasi-totalité des connaissances de base en orthographe, mathématiques et histoire notamment, tout vient d’un ingrédient tout bête qu’on a oublié d’ajouter à la recette de l’enseignement de ces 50 dernières années : l’intelligence. Quand j’étais étudiant, un prof avait coutume de nous dire « Peu importent les informations que je vais vous enseigner, je vais surtout m’efforcer de vous apprendre à apprendre. » Il voulait dire par là que l’important n’est pas le savoir qu’on nous inculque, mais la capacité que nous aurons à l’utiliser, l’exploiter, l’enrichir même.

Aujourd’hui, la proportion d’élèves de 15 ans en difficulté est estimée à 22,4 % en France (contre 16,6 % il y a dix ans), une population que l’OCDE considère d’ores et déjà comme perdue car « n’ayant pas les compétences suffisantes pour poursuivre des études et participer de manière efficace et productive à la vie de la société ».

Or, aujourd’hui, les enseignants ne sont plus formés qu’à l’application de méthodes de gavage intellectuel visant à remplir leurs élèves de données plus ou moins pré-digérées, souvent reformatées pour les rendre plus conformes à l’air du temps, et dans une optique d’uniformisation des jeunes cerveaux qui bannit toute tentative d’esprit critique. On n’interroge plus le savoir acquis, on l’accepte. On ne perd plus de temps à comprendre, on applique. Et n’en déplaise à tous les défenseurs de la Bienveillante Éducation Nationale, la République n’éduque pas, elle instruit, elle dicte, elle calibre et elle façonne la multitude de têtes blondes, rousses ou brunes pour les faire TOUTES entrer dans le seul moule à sa disposition, celui de la pensée unique.

UNE POLITIQUE D’ABRUTISSEMENT VOLONTAIRE

En fait, si l’Éducation Nationale ne faisait qu’oublier de rendre nos enfants intelligents, ce serait grave mais pas désespéré. Ce qui l’est en revanche, c’est que la noble institution, sous prétexte de servir une politique de plus en plus attachée au nivellement par le bas, a pris le parti de nous rendre volontairement idiots dès notre plus jeune âge, histoire de ne plus stigmatiser les médiocres pour mieux les séduire. Mais aussi et surtout pour mieux nous contrôler. Car l’enjeu est de taille, surtout en ces temps troublés que nous vivons actuellement (et qui risquent de ne pas aller en s’améliorant avant longtemps). Pour mieux maîtriser le peuple, il est bien sûr essentiel de lui donner du pain et des jeux (l’État Providence y pourvoit), mais il est surtout indispensable de lui ôter toute intention de révolte en le privant des outils de réflexion propres à lui révéler l’incurie des incompétents qui le gouvernent depuis maintenant des décennies.

De fait, si ce n’est dans quelques écoles dites  » libres «  où la construction de l’intelligence de l’enfant est encore au centre des préoccupations du corps enseignant, la grande majorité des responsables de l’Éducation Nationale ont choisit de ne plus faire penser leurs élèves. Au contraire, suivant la nouvelle doctrine d’infaillibilité de l’État, il convient désormais de les préparer à leur future vie d’exécutants dociles et soumis.

Quitte à employer les vieilles recettes moyenâgeuses d’un clergé jadis corrompu en leur faisant miroiter l’espoir d’un lointain paradis républicain… Amen !

2 réflexions sur “L’intelligence est-elle soluble dans l’Éducation Nationale ?

  1. Euh ..si je peux me permettre tu peux être d’un milieu défavorisé,et avoir des parents qui suivent la scolarité de leurs enfants ….arretons les bêtises les miens n »ont jamais eu de cours particuliers par contre je suis l’éducation et c’est le rôle de chaques parents qui se respectent ….

    • Parfaitement d’accord avec toi, mais ce sont apparemment les conclusions du rapport de l’OCDE, aussi absurdes soient-elles. Un rapport qui n’a surement pas été écrit par des gens « défavorisés » et qui considèrent probablement que tous les enfants qui ne sont pas nés dans le même milieu qu’eux sont de pauvres malheureux abandonnés par Dieu et les hommes :-) Moi qui suis justement issu d’un « milieu » qu’on ne peut vraiment pas qualifier de « favorisé », je n’ai pas le sentiment que ça ait joué dans ma capacité à comprendre ce qu’on m’apprenait à l’école. Encore faut-il aller dans des écoles où on t’apprend quelque chose…

      (EDIT) Voila, j’ai corrigé un peu mon texte qui reprenait un peu trop les conclusions en question sans préciser qu’elles émanaient des rapporteurs PISA. Merci de ta vigilance.

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