Il manque une case neuve à la sécurité routière…

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Un lundi matin, dans un couloir de l’Hôtel Matignon.

«  Allo Bernard, c’est Manu. Tu as deux minutes, là ?
— Manu ! Ça faisait longtemps. Je suis content de t’entendre, je croyais que tu me faisais la gueule.
— Quoi ? Mais non, pas du tout ! C’est juste que depuis deux semaines, avec François, on est aux taquets. Déclarations, rencontres, commémorations, défilés… C’est simple, j’en suis à ne plus savoir quand j’ai changé de chaussettes pour la dernière fois.
— C’est vrai que les trois couillons qui voulaient se taper des pucelles au paradis d’Allah, ils vous ont pas trop facilité la digestion juste après les Fêtes…
— Bah, en même temps, on n’a jamais été aussi haut dans les sondages.
— J’ai vu ça aussi, vous avez bien géré la crise, y a pas à dire.
— Bon c’est pas pour ça que je t’appelais. Enfin, si, indirectement…
— Ah mais moi, j’ai pas pris lutte anti-terrorisme en première langue, je te rappelle que je suis juste Conseiller municipal de Cherbourg.
— Euh… non, tu es d’abord Ministre de l’Intérieur, Bernard.
— Ah oui, merde ! J’avais oublié… Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? »

Un froissement sourd lui répondit à l’autre bout du fil.

«  Manu ? Tu es toujours là ?
— Oui, oui, excuse. J’ai croisé Ségo au détour d’une porte et j’ai juste eu le temps de glisser mon téléphone dans ma poche.
— Oh la vache ! Elle continue à vouloir tout savoir sur tout ?
— Plus que jamais.
— Elle me fout la trouille, cette femme…
— Bon je t’explique le problème. Comme tu l’as remarqué, les sondages montent en flèche pour François et moi depuis les attentats de début janvier. Toutes les autres questions semblent être passées au second plan, même le chômage, c’est dire ! Sauf que voila, il semblerait que notre bon peuple se soit un peu relâché sur les routes l’an dernier et le nombre de tués à sensiblement augmenté par rapport à 2013.
— Ah, c’est nul après douze ans de baisse ininterrompue.
— Je ne te le fais pas dire. D’autant que la baisse a été initiée sous Chirac, quand Sarko était assis dans ton fauteuil, et que ça s’est poursuivi quand le même Sarko chauffait la place de François. Tu comprends donc qu’une telle remontée, ça fait tâche et que certains ont eu tôt fait de mettre ça sur le compte d’une politique de gauche plus permissive. C’est pourquoi j’ai besoin de toi. Tu vas me pondre fissa une série de mesures à la mode Staline pour montrer qu’on a des
cojones !
— Ben, je sais pas quoi interdire de plus. Y a bien le taux d’alcoolémie autorisé qu’on pourrait faire passer à 0 au lieu de 0,5 grammes.
— Pas bête, mais ça va être compliqué pour les gendarmes et les facteurs de rouler. Et je ne te parle même pas des routiers qui nous font déjà assez chier avec le gasoil… Non, tu vas l’abaisser à 0,2 grammes mais juste pour les conducteurs novices. Comme ça, on montre du même coup qu’on s’inquiète des phénomènes d’alcoolisation des jeunes et ça fera plaisir à Marisol.
— Ok. Quoi d’autre ?
— Je sais pas, moi, c’est ton boulot. T’as qu’à trouver des trucs qui… Eh merde !
— Pardon ? Je t’ai énervé.
— Mais non, c’est pas toi. Je réfléchissais en te parlant au téléphone et j’ai pas fait gaffe à l’une de ces foutues chaises qui traînent dans les couloirs. Tu parles d’une déco des monuments historiques. Du Philippe Starck dans une bâtisse du XVIIIe siècle, faut oser.
— Hey ! Ça me donne une idée. On a qu’à interdire le téléphone au volant !
— Ça fait déjà longtemps que c’est le cas, ça, Bernard. Les gens ont désormais des oreillettes et des kits mains-libres.
— Ben alors, on a qu’à interdire les oreillettes et les kits mains-libres… On n’aura qu’à dire que, mains-libres ou pas, c’est le fait de parler au téléphone avec quelqu’un qui nuit à la concentration.
— Hum. T’as pas peur que les gens te répondent que c’est comme discuter avec quelqu’un assis à côté de toi dans la bagnole ? Et que dans ce cas, autant interdire les conversations entre passagers et conducteur…?
— Je ne pense pas, Manu, les gens ne réfléchissent pas aussi loin. La preuve, ils n’auraient pas voté pour nous en 2012 ! Ahahaha !
— …
— Hem… non mais c’était une blague, hein.
— Ouais, ben tes blagues, tu te les gardes si tu veux profiter encore un peu de ton nouveau bureau. Tu serais pas le premier à devoir faire tes cartons pour l’avoir un peu trop ouverte depuis 2012, justement. Bon, sinon ok, fais comme ça avec les kits mains-libres. J’attends ton communiqué officiel. Salut. »

Quelques jours plus tard, à l’arrière d’une grosse berline filant dans Paris à 120 km/h.

« Allo, Bernard, c’est Manu. Je viens de voir passer ton communiqué sur les nouvelles mesures de sécurité routière…
— Ah ouais ? C’est pas mal, hein ?
— Comment dire…? Bon, l’alcoolémie, les radars, les kits mains-libres, tout ça c’est bon, on en avait parlé. Mais y a des trucs que je pige pas. Le coup d’abaisser l’âge de la conduite par exemple…
— Oui, c’est une copine à moi à Cherbourg qui m’a donné l’idée parce qu’elle en avait marre de devoir accompagner son fils au foot tous les samedi quand il pleut. Et comme il a appris à conduire à 14 ans en piquant régulièrement la bagnole son père, elle se disait que ce serait une bonne idée s’il pouvait finalement aller jouer ses matches tout seul.
— Bon, passons. Mais les vitres teintées ? En quoi interdire les vitres teintées va faire baisser le nombre d’accidents ?
— On pourra mieux voir les contrevenants.
— D’accord, mais c’est pas pour ça qu’ils seront moins nombreux.
— Non mais on pourra les voir…
— Hem… Et le nouveau site internet de la Prévention Routière, ça va nous coûter combien au juste ?
— Oh, le tarif classique pratiqué par les
web agencies qu’on a dans la poche. Moins de 5 millions d’euros en tout cas. C’est très raisonnable pour un site web d’information.
— Si tu le dis. De toute façon, on n’est plus à ça près. Tiens-moi quand même au courant des diminutions d’accidents dans les prochains mois.
— Même si ça ne baisse pas ?
— Surtout si ça ne baisse pas ! »

2 réflexions sur “Il manque une case neuve à la sécurité routière…

    • C’est vrai que quand on lit certaines des mesures en question, on se dit qu’il faut au minimum un niveau Sciences-Po, option langue de bois, pour comprendre ce qui est écrit. Par exemple :

      « Fournir aux collectivités locales des outils pour les soutenir dans leurs démarches d’amélioration de la sécurité routière : guides techniques pour les encourager à réaliser, comme le fait aujourd’hui l’Etat sur son réseau, des audits de sécurité ; partage de bonnes pratiques. « 

      Moui, moui, moui… mais encore ?

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