Guerre de symboles ?

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Certains parlent depuis quelques années déjà d’une nouvelle guerre de religions entre le Moyen-Orient et l’Occident. D’autres vont même jusqu’à évoquer une guerre de civilisations. L’Histoire nous le dira mais, quoi qu’il en soit, je pense qu’on assiste d’ores et déjà à une guerre des symboles.

Aujourd’hui, tout est symbole. Une simple couleur peut devenir synonyme d’opinion : le rouge pour les communistes, le bleu roi pour les nationalistes, le noir pour les anarchistes… Un mot peut à lui-seul revêtir tout une panoplie de philosophies ou de courants de pensée, parfois même contradictoires. Patrie, par exemple, qui était l’un des termes les plus empreints de fierté durant des siècles, est désormais honni après avoir orné les frontons de l’État Français en 1940.

Un dessin, enfin, un logo, une simple esquisse peut entrainer des bouleversements inouïs dans une société. Encore récemment, un vêtement avec une moche étoile jaune a suscité une vive émotion dans l’opinion publique, pour des raisons qu’on comprend aisément…

« Je suis Charlie »

Depuis une semaine, on voit fleurir un peu partout un modeste panonceau portant sobrement 3 mots écrits en clair sur fond noir. Je suis Charlie. Juste ça, sans fioriture, sans effet de caractères ou de style. Un simple écriteau, mais chargé de tant d’émotion et de revendications qu’il sera reconnu pour les décennies à venir comme le symbole d’un changement dans les mentalités françaises. Mais peut-être pas le changement auquel on s’attend…

Prenons un autre symbole, vieux de trente ans celui-là : une petite main jaune, tracée de manière presque naïve, à la limite de la bande dessinée, et qui véhiculait elle aussi un message aussi simple que percutant en son temps : Touche pas à mon pote ! Là encore, le discours se veut accessible, le vocabulaire employé pouvant être compris par tous, à commencer par les adolescents qui étaient alors les plus nombreux à manifester dans les rues, et les sentiments qu’on espérait insuffler à travers ce symbole étaient des plus nobles, à commencer par la tolérance et la fraternité.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Des dérives inévitables…

La réalité de 2015 nous montre que ce discours a profondément changé notre vision de la France, et c’est une bonne chose. Mais ce changement a également entraîné une dérive inattendue car il a finalement contribué, à l’insu même de ses initiateurs (enfin, espérons-le !), à décomplexer une certaine forme de « racisme anti-blanc » ou encore « anti-français ».

Alors, je sais, rien que le fait d’écrire ces mots pourrait suffire à me rendre suspect de pensée honteuse et d’intention subversive car, si l’expression nous paraît aujourd’hui si violente et nauséabonde, au point qu’il n’est même pas de bon ton de l’évoquer, c’est parce qu’elle servirait de fer de lance à une tendance politique des plus infréquentables. « Non, monsieur, le racisme anti-blanc n’existe pas ! C’est une provocation langagière répandue par le Front National et l’extrême-droite, qui fait le lit de la bête immonde surgie d’un ventre encore fécond… » Etc, etc, etc.

Pourtant, cette forme de haine raciale apparaît de plus en plus comme une évidence pour beaucoup de personnes, qu’elles en soient les victimes ou les coupables d’ailleurs. Les insultes, les agressions, les actions répréhensibles ne sont considérées comme animées d’intentions discriminatoires (et donc par-là même aggravées !) qu’à partir du moment où elles s’exercent à l’encontre de ce que l’on nomme pudiquement les « minorités visibles ». En revanche, que quelqu’un se fasse traiter de « sale blanc » ou de « sale Français », qu’il soit agressé ou humilié du seul fait de son origine occidentale, et on s’efforcera de trouver aux auteurs une motivation de droit commun (vol, voies de faits, « règlement de compte »…). Même nos institutions ont du mal à considérer tous les racismes sur le même plan, et elles sont allées jusqu’à inventer la notion de « discrimination positive » afin de créer des inégalités « légitimes » (!!!) entre les citoyens. Comme si certains méritaient naturellement de passer après les autres…

Cela dit, ça commence un peu à changer

Ne laissons pas Charlie devenir une mauvaise excuse !

Ma crainte, aujourd’hui, c’est que « Je suis Charlie » devienne une réponse à « Touche pas à mon pote » et qu’il justifie à son tour une certaine haine à l’encontre d’une partie de nos concitoyens. Je crois sincèrement à l’unité nationale et à la bonne volonté de tous ceux qui ont suivi cet élan populaire né d’une indignation, d’une horreur et d’un effarement. Je comprends la volonté de se réunir sous une bannière commune afin de dénoncer la barbarie. Mais le drapeau français sert justement à cela.

Je le répète, je crains que d’ici peu « Charlie » soit récupéré par des courants de pensée mortifères, moralisateurs et culpabilisants qui amèneront les esprits les plus frustres à justifier le rejet de tous ceux qui seront, d’une manière ou d’une autre, considérés comme « apparentés » aux monstres qui ont tué au nom d’Allah.

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